Biographie de Abu Bakr Abdullah Shibli

Il était le Cheikh des Soufis et Imam des gens de la Connaissance de l’Intérieur, au sujet duquel nous sont rapportés miracles et rares traditions. Il était de l’un de ceux qui disposaient de grandes compétences en les sciences de la Shari’a. Il existe un désaccord au sujet de son nom dont il est dit qu’il pourrait être Dulaf ibn Jahdar, Ibn Ja’far ou d’autres encore.
Sa famille était originaire d’un village du Khorasan, nommé Shibla. Il est né à Samarra ou à Baghdad, ville dans laquelle on sait qu’il grandit.
Abu Bakr al-Khatib disait de lui : « Son oncle était l’Émir des Émirs d’Alexandrie ».
As-Sulami disait : « Ash-Shibli était le chambellan du Khalif al-Muwaffiq. Son père a été lui-même chambellan à Baghdad ».
Abu ‘Abdu’r-Rahman a dit : « Il était un homme de connaissance et a été faqih à l’école de Malik. Il a rédigé de nombreux hadiths qu’il a transmit avec leur isnad. Il a indiqué que le commencement de son repentir eut lieu lors de l’assemblée de Khayr an-Nassaj. Il demeura en compagnie d’Al-Junayd ainsi que des Maîtres de son époque et était considéré comme quelqu’un d’unique de par son âge relativement à son état et à sa connaissance ».
Il était apparenté à Muhammad ibn Mahdi al-Basri, et ‘Ali ibn Muhammad al-Hammal, al-Husayn ibn Ahmad as-Saffar, Isma’il ibn al-Husayn ibn Bandar, Abu’l-Hasan ‘Ali ibn al-Muthanna al-’Anbari, Abu Sahl as-Sa’luki, Abu Bakr ar-Razi et Abu Bakr al-Abhuri lui sont apparentés.
As-Sulami a dit : « Du temps où al-Muwaffiq était au pouvoir, ash-Shibli assista un jour à l’assemblée de Khayr an-Nassaj. Il se rendit à Nihawand chez le gouverneur et déclara alors : « J’ai été voué à votre ville, aussi accordez-m’en le Droit », ce qu’ils firent. Ils essayèrent de lui faire accepter quelque chose de leur part, mais il refusa ».
Abu ‘Abdullah ar-Razi a dit : « Les Shaykhs d’Iraq disent que les merveilles de Baghdad dans le Soufisme sont au nombre de trois : les indications (isharat) d’ash-Shibli, les belles paroles d’al-Murta’ish et les histoires de Ja’far, c-à-d. al-Khuldi ».
As-Sulami rapporte qu’Abu ‘Abdullah ar-Razi a dit : «Je n’ai jamais vu, dans le Soufisme, quelqu’un possédant autant de connaissances qu'Ash-Shibli ».
Al-Junayd a dit : « Ne regardez pas ash-Shibli au moyen de l’oeil avec lequel vous regardez autrui ». Il a dit : « Chaque peuple a une couronne et la couronne de ce peuple est ash-Shibli ».
Il a dit à propos du tawhid : « Majestueux est Celui connu devant les limites et devant les lettres ».
Un jour, ash-Shibli est allé voir le Wazir ‘Ali ibn Musa ibn al-Jarrah. Ibn Mujahid al-Muqri’ était avec lui. Ibn Mujahid dit au Wazir : « Je vais lui exposer maintenant ». Entre autre chose qu’ash-Shibli a fait il y a le fait que lorsqu’il portait quelque chose, il le déchirait à un endroit. Lorsqu’il s’assit, Ibn Mujahid lui dit : « Abu Bakr, où est-il dit dans la Connaissance que quelqu’un doive détruire ce qui est utile ? ». Ash-Shibli lui répondit : « Où trouve-t-on dans la Connaissance ”Alors il se mit à leur couper les pattes et les cous (38:33) ? ». Ibn Mujahid était silencieux. Ibn al-Jarrah lui dit : « J’attendais de toi que tu le réduises au silence, et c’est lui qui t’y a réduit ! ». Ash-Shibli dit alors : « Les gens te reconnaissent comme le réciteur du moment, alors où donc est-il écrit dans le Qur’an que l’Aimé ne punira pas Ses amants ? ». Ibn Mujahid qui restait silencieux lui dit : « Réponds-donc, Abu Bakr ! ». Il dit : « Les paroles du Tout-Puissant : « Les Juifs et les Chrétiens ont dit : “Nous sommes les fils d’Allah et Ses préférés.” Dis : “Pourquoi donc vous châtie-t-Il pour vos péchés ? ” (5:18). Ibn Mujahid dit alors : « C’était comme si je n’avais jamais entendu cela auparavant ».
Ibn Mujahid est venu à lui un jour et ash-Shibli l’interrogea sur son état. Il répondit : « Nous espérons le Bien. Chaque jour nous faisons deux ou trois récitations complètes du Qur’an. » Ash-Shibli lui dit : « Shaykh, dans ce coin j’ai fait 13 000 récitations complètes. Si quelque chose d’elles est accepté, je vous le donnerais. J’avais fait une récitation complète durant trois ou quatre ans et je n’ai atteint qu’un quart du Qur’an. »
On raconte qu’une esclave d’ash-Shibli lui fit cette remarque : « J’ai compté six mois durant lesquels vous n’avez pas dormi. »
Ash-Shibli avait l’habitude de dire : « Ce côté est protégé par moi (c-à-d des Daylamites) ». Il mourut le vendredi et les Daylamites vinrent du côté oriental le samedi.
Abu Sahl as-Sa’luki disait : « J’ai écouté ash-Shibli dire : ” La Création T’aime pour Tes bénédictions, et je T’aime pour Ton épreuve” ».
Ash-Shibli disait : « Je ne dit jamais ”Allah”, mais combien j’implore le pardon d’Allah pour ma prononciation du mot ”Allah” ».
Il avait l’habitude d’employer le sel comme kohl de sorte qu’il n’aille pas dormir .
Abu ‘Imran al-Ashyab avait un cercle et ash-Shibli s’y rendit. Quand Abu ‘Imran le vit, il se leva pour lui et le fit s’asseoir à ses cotés. L’un des compagnons d’Abu ‘Imran voulu montrer aux gens qu’ash-Shibli était un ignorant. Il lui demanda : « Abu Bakr, quand le sang menstruel d’une femme ressemble au sang d’une fausse menstruation, que doit-elle faire ? ». Il lui donna dix-huit réponses. Abu ‘Imran l’embrassa alors sur la main et lui dit : « Abu Bakr, je connais douze de tes réponses, et il y en a six que je n’avais jamais entendu auparavant ! »
Ash-Shibli se tenait une fois à Bab at-Taq avec Abu-t-Tayyib al-Jalla qui faisait partie des gens du savoir. Il parla longuement avec lui. Les gens se réunirent et mandèrent Abu-t-Tayyib de demander à ash-Shibli de faire des supplications pour eux et de montrer un signe, ce qu’Abu-t-Tayyib fit avec insistance. Il souleva alors ses mains et fit une supplication qui n’a pas été comprise. Là, il regarda fixement le ciel et ne couvrit pas ses yeux depuis le milieu de la matinée jusqu’à midi. Les gens dirent, « Allah est plus grand », firent une supplication et il y eut alors un tumulte.
Un jour qu’il était chez Jalawi, il vit une casserole qui bouillait devant lui et acheta un peu de son contenu pour l’un de ses amis. Il en prit une pleine poignée de sa main, directement depuis la casserole tandis qu’elle bouillait et l’étala sur une tranche de pain avant de l’apporter à Ibn Mujahid. Celui-ci se leva pour lui. Ses compagnons lui dirent : « Tu te lèves pour ash-Shibli et tu ne te lèves pas pour Ibn ‘Isa, le wazir ? ». Il répondit : « Devrais-je ne pas me lever devant celui que le Messager de Dieu, qu’Allah lui accorde la Grâce et la Paix, respecte lui-même ? J’ai vu le messager d’Allah dans un rêve me dire ” ‘Abu Bakr, demain un homme des Gens du Jardin viendra à toi, aussi honore-le” ». Il a dit, « Deux nuits après ceci, Ibn Mujahid rêva du Prophète qui lui dit : « Abu Bakr, Allah t’a honoré pour honorer un homme du peuple du Jardin ». Il dit : « J’ai demandé ” Messager d’Allah, en quoi mérite-t-il ceci de toi ? » Il a répondu : « Chaque jeudi, il fait cinq prières dans lesquelles il se rappelle de moi après chaque prière et récite : ”Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez.”(9:128) »
Ahmad ibn ‘Ata’ a dit : « J’ai entendu ash-Shibli dire ” j’ai écris le hadith pendant vingt ans et me suis assis avec les fuqaha’ durant vingt ans.” Il apprenait le fiqh en accord avec l’école de Malik.
Un autre rapporte : « J‘ai entendu ash-Shibli dire : ‘Je connais celui qui n’entra dans cette affaire qu’après avoir dépensé tout ce qu’il possédait, avoir jeté dans le Tigre 70 sacs de ses manuscrits, avoir mémorisé le Muwatta’ et dit telle-et-telle récitation’, c-à-d lui-même
Il a dit : « Mon père a laissé 60 000 dinars, sans parler des terres et des maisons, et j’ai tout dépensé. Alors, je me suis assis avec les pauvres et ne me suis jamais mis à l’abri dans un refuge ou demandé de l’aide de qui que ce soit ».
L’un d’eux rapporte : « Je me rendis chez ash-Shibli et il s’exclama : ‘Ahmad, nous sommes perdus !’ ‘Comment?’ demandai-je. Il répliqua : ‘Il m’est venu à l’esprit que j’étais un avare. Et en levant la tête je dis : « Par Ta Puissance, je ne suis pas un avare ! » Mais ma pensée me répondit que j’en étais un. Je dis : « Par la Puissance d’Allâh, rien de ce monde ne me sera donné aujourd’hui sans que je le redonne au premier rencontré. » lorsque j’eus finit ce sermon, le Chambellan de Mu’nas al-Khadim me remit cinquante dinars et me dit : « Dépense-les pour tes besoins. » En sortant, je vis qu’il y avait un indigent devant un coiffeur. Quand il eut fini de raser sa tête, je lui donnai le sac de pièces. Il dit alors : « Donne-le au coiffeur. Il a rasé ma tête. Je répondis : « ce sont des dinars ! », ce à quoi il répondit « N’avons-nous pas dit que tu es un avare ? ». Je le donnai alors au coiffeur. Il dit : « Nous avons décidé que lorsque le pauvre homme s’est assis devant nous, nous ne prendrions rien de lui ». Aussi, je l’ai jeté dans Tigre.’”
Il est rapporté qu’il a dit : « J’ai décidé un jour de ne plus manger que du licite. J’avais l’habitude de me promener dans les déserts. Je vis deux arbres. J’étendis ma main vers eux pour manger lorsque l’un d’entre eux déclama : « respecte ton engagement ! Ne mange pas de moi ! Je suis un mécréant ! »
Abu’l-Qasim al-Andalusi al-’Abid a dit : « Je suis venu trouver ash-Shibli à Baghdad. Quand je fus arrivé, je dis : ” Je me reposerai en entrant au bain public, et après cela j’irai le voir ”. Son propriétaire me dit ” Ô étranger ! Il y a un homme craignant Dieu d’entre les Gens d’Allah à l’intérieur ”. J’entrais et vis qu’il y avait un Shaykh avec un enfant en face de lui. Quand je m’assis, il interrogea : ” Es-tu Abu’l-Qasim ? ”. ”Oui”, répondis-je. ”Tu nous viens d’Andalousie ? ”. ”Oui”, répondis-je. Alors, je demandai ”Es-tu Abu Bakr ash-Shibli ?”. ”Oui”, répondit-il. Il dit ”Prends ce seau. Quand tu en auras jeté l’eau chaude, remplis-le”. Ce que je fis. Alors, il s’allongea sur le dos et me dit ”Verse-le sur mon corps”, ce que je fis. Alors il commença à essuyer son visage et dit : ”Que la louange soit à Allah qui ne t’a donné aucune puissance sur nous !
”Puis ils quittèrent le bain public. Quelques personnes l’attendaient chez lui. Il s’assit, réclama qu’on apporte du feu, et on le lui apporta déjà allumé. Il dit alors ”Mettez-le dans ma paume ! ”, ce qui fut fait. Il continua à y mettre de l’encens à maintes reprises. Il fumigeait l’un après l’autre jusqu’à ce qu’il fut possible d’en donner à vingt hommes. Alors il le jeta de sa main et essuya sa paume et dit : ” Que la louange soit à Allah qui n’a donné aucune puissance sur nous ! »
On raconte qu’un homme demanda à ash-Shibli, « Pourquoi dis-tu Allâh et non pas La ilaha illa ‘llah ?“. Alors ash-Shibli répondit, « Parce qu’Abù Bakr a donné toute sa richesse au point qu’il n’ait plus rien gardé pour lui. Un jour qu’il enleva un vêtement devant le Messager de Dieu, celui-ci lui demanda, « Dans quel but as-tu quitté ta famille ? ». Il répondit alors, « Allâh ». De même, je dis « Allâh ».
Alors, le questionneur dit, « Je veux une bien meilleure explication que celle-là ! ». Aussi, ash-Shibli répondit, « Je suis gêné de devoir mentionner une expression de négation en Sa présence, alors que tout est Sa lumière ».
Une fois encore, l’homme dit, « Je veux une bien meilleure explication que celle-là ! ». Alors, ash-Shibli dit, « Dieu le Très-Haut a dit à Son Prophète : ”Dis : Allah ! Et puis, laisse-les s’amuser dans leur égarement” (6:91). Aussitôt, le jeune homme se leva et poussa un cri perçant. Ash-Shibli prononça alors “Allâh !”. Le jeune homme hurla encore une fois. Ash-Shibli prononça une fois encore “Allâh !”. Le jeune homme hurla une troisième fois et mourût aussitôt, puisse Dieu le Très-Haut avoir pitié de lui !
Les parents du jeune homme se concertèrent puis, se saisir d’ash-Shibli en l’accusant de meurtre et le conduisirent devant le Khalife. Quand leur fût donnée l’autorisation d’entrer, il l’accusèrent du meurtre.
Le Khalife demanda à ash-Shibli, « Qu’as-tu à répondre pour ta défense ? ». Ash-Shibli répondit alors, « une âme s’est langui, a gémi et a aspiré, puis crié, a alors été appelée, a entendu, puis appris, et répondu. Aussi quel était mon donc crime ? ».
Le Khalife commanda alors : « Laissez-le partir ! ».
Un jour ash-Shibli donna le adhan. Lorsqu’il fut arrivé aux deux shahadas, il dit : « N’eut-été Ton commandement, je n’aurais mentionné autre que Toi avec Toi.»
Il a dit : « Dans la maison d’ash-Shibli, un coq chantait durant la nuit. Il se saisit alors de lui une nuit, l’attacha et le jeta dans une pièce de la maison. Ainsi, il ne chanta plus. Au matin, il lui dit ”Imposteur ! Tu avais l’habitude de te souvenir de Lui dans la facilité. Maintenant que je t’ai mis dans la difficulté, tu ne te souviens plus de Lui !”. Ce fut le silence. »
Par la fréquence des états qui le submergeaient ainsi que ses rapports et comportements passagers, beaucoup de personnes dirent de lui : « Il est fou ! ». Un jour qu’il fut interné à l’hôpital, un groupe vint le voir. Il leur demanda : « qui êtes-vous ? » ; « Tes amoureux spirituels », lui répondirent-ils. Aussitôt, il se mit à les lapider. Ils se sauvèrent alors. « Vous clamiez à l’amour » leur dit-il, « aussi, soyez patients dans mon affliction ! »
Al-Qushayri rapporte que l’un d’eux a dit : « Je me trouvai en compagnie d’ash-Shibili lorqu’il reçu un splendide foulard. Passant près d’un chien mort, jeté sur la route, il me dit : “Porte ce cadavre, enveloppe-le dans ce foulard puis enterre-le”. J’allai et pris le chien dans le foulard. Je le jetai en un endroit. Alors je lavai le foulard et retournai vers lui. Il dit, “Avez-vous fait ce que j’ai demandé ?”. ”Non” répondis-je. Il resta silencieux. Je dis alors ”Shaykh, quelle est la raison de ce que vous m’avez commandé de faire ?”. Il me répondit ”Quand je l’ai vu, je l’ai imaginé en décomposition. Il y eut alors cet appel en mon secret : “Ne l’avons-Nous pas créé ?”. Alors j’ai dit ce que j’ai dit” ».
Ash-Shibli avait l’habitude de dire : « Qu’Allâh rende aveugle l’oeil qui me voit sans percevoir les traces de la puissance. Je suis l’une des traces de la puissance, et une des preuves de l’omnipotence. J’ai été rabaissé jusqu’à ce qu’Il soit Puissant en mon humiliation et j’ai été glorifié jusqu’à ce que nulle ne soit glorifié hormis par moi et par L’Unique que je glorifiais. »
Il a dit : « J’ai cherché des connaissances jusqu’à ce que le soleil se soit levé. Alors j’ai dit, ”je veux le fiqh d’Allah” et ils dirent ”nous ignorons ce dont tu parles”. »
Il avait coutume de dire : « Ô Guide des gens confus ! Augmente-moi en confusion en Ton immensité et en Ta majesté ! ».
Quelqu’un lui demanda : « Le gnostique vérifie-t-il ce qui lui apparaît ?” Il répondit : “Vérifie-t-il ce qui, pour lui, n’est pas concret ? Comment peut-il aller vers ce qui n’est pas évident ? Comment peut-il se contenter de ce qui n’est pas caché ? Il est l’Extérieur et l’Intérieur ».

Puis il déclama :

« Qui peut, dans l’étreinte d’une longue passion, à la consolation goutter ?

Durant mes nuits je n’y goutte guère

Je n’ai obtenu mieux que ma sécurité

Celle que vous avez reconnu luire comme un éclair ».

« Comment le tawhid peut être valide pour toi, quand tu possèdes tout ce que tu possèdes et quand ton regard se pose sur une chose qui te séduit ? »

On lui demanda : « Où se reposent les cœurs de ceux qui se languissent ? ». Il répondit : « Dans le bonheur de Celui dont il se languissent et Son harmonie ». Il déclama :

« Je me suis délecté dans mon extinction en Lui

car je me délecte dans ce en quoi mille se délectent.

Si mes os avaient été interrogé sur leur affliction,

ils l’auraient niée et écouté le désaveu. »

As-Sa’luki a dit : « Un mendiant est venu à son cercle. Il se mit à dire : ”Ô Allah ! Ô Généreux !”. Ash-Shibli hésita un instant puis dit ”Comment puis-je décrire le Réel avec la générosité, alors que les créatures l’invoque au sujet de leurs envies ?”

Alors il pleura et dit : ”Générosité ! Tu as amené ces membres à l’existence et développé ces aspirations, puis après cela, Tu as été Bon envers les hommes, alors même que Tu n’as nulle besoin d’eux, ni de ce qu’ils détiennent, par Toi, entre leurs mains, Tu es le Généreux, le Tout-Généreux. Eux donnent avec limite. Toi, Ton don n’a ni limite ni description , Ô Généreux de tous les généreux, l’Unique par Qui tout généreux est généreux. »

L’un d’eux a dit : « Je me suis rendu auprès de ash-Shibli tandis qu’il criait, disant :

« Celui qui s’est familiarisé à la Proximité ne pourra endurer Ton éloignement

Celui qui a été captivé par l’Amour, ne pourra supporter Ton voile.

Et si l’oeil ne Te voit pas, le coeur, lui, Te voit.»

Ash-Shibli a été interrogé au sujet de l’ascétisme. Il répondit : « C’est de détourner son cœur de toutes choses, pour l’orienter vers le Dieu de toutes ces choses.»
Abu Bakr al-Abhuri a dit : « Je l’ai entendu dire une fois : ”Si une personne ne garde pas ses secrets avec le Réel, l’œil de la réalité sera rarement dévoilé pour lui.” »
Il fut interrogé sur la chose la plus extraordinaire. Il dit : « Un esclave qui reconnait son Maitre, puis se rebelle contre Lui. »
Il a dit : « Le Tasawwuf c’est le cœur se reposant aux brises de la pureté, les pensées contenues par le rideau de la fidélité, et la venue du caractère de la générosité et de la joie dans la Rencontre.
Il a dit : « Le Tasawwuf c’est l’amour du Majestueux, la haine de l’insignifiant et de ce qui conduit à l’abaissement ainsi que la crainte du retour en arrière ».
On lui demanda : « Qui est le Sufi ? ». Il répondit : « Celui qui ne demande pas, ne repousse pas et ne garde rien pour lui-même ». Il lui fut demandé : « Qui est le faqir ? ». Il répondit : « C’est celui qui se sait chez lui en l’état de non-existence tout comme en celui de l’unité ».
Il a également dit : « Le Tasawwuf consiste à limiter vos sens et garder vos souffles. »
Il fut interrogé sur ce monde et dit : « C’est une casserole bouillante et une beauté qui dépéri. »
Il fut interrogé sur la sincérité et l’abandon des artifices. Il répondit : « C‘est que vous ne prononciez les mots d’un autre que Lui, que vous ne regardiez autre que son Seigneur, et que vous ne voyiez comme protecteur autre que votre Seigneur. »
Il fut interrogé sur la futawa (la générosité). Il dit : « La futawa des gens de ce monde est de donner avant la demande et de ne pas refuser après la demande. La futawa des gens de l’Autre Monde consiste à ne faire ni ouvertement ni secrètement ce par quoi il craint l’exclusion des gens s’il venait à être vu. »
Il a également dit : « La futawa est la véracité dans l’épreuve, la douceur face à la grossièreté et le don dans la pauvreté. »
Il a dit : « La fidélité est la sincérité par les mots et la submersion dans les secrets avec véracité. »
Il fut interrogé : « Qu’est-ce qui freine les passions? » Il répondit : « Les disciplines de la nature et l’enlèvement du voile. »
Il a dit : « Laisse ta himma être avec toi, non devant ou derrière toi. »
Il fut interrogé au sujet des sama’ et sur l’école des Sufis en cela. Il répondit : « Son extérieur est tentation et son intérieur remontrance. Quiconque reconnaît l’allusion peut licitement écouter les exhortations. Faute de quoi, il laisse place à la tentation et s’expose au malheur. »
Al-Junayd lui dit : « Si tu avais à remettre ton affaire à Allâh, Gloire à Lui !, tu aurais la tranquillité. » Ash-Shibli lui répondit : « Abu-l-Qasim, si Allâh te remettait ton affaire, tu aurais la tranquillité. » Al-Junayd rétorqua : « Les épées d’ash-Shibli sont recouvertes de sang. »
Ash-Shibli a dit : « La vision de l’œil oubliant Allâh est considérée comme association par les gens de la gnose. »
Il a dit : « Le bonheur par Allâh est plus digne que la tristesse face à Lui. »
Il a dit : « Quiconque reconnait Allâh, ne ressent jamais de peine. »
Il a dit : « Celui qui est voilé par la création du Réel, n’est pas semblable à celui qui est voilé de la création par le Réel. Celui qui, par les lumières de Sa Pureté Absolue, est attiré à Son Intimité, n’est pas semblable à celui qui, par les lumières de Sa Miséricorde, est attiré vers Son Pardon. »
Il a dit :« Se souvenir d’Allâh dans la tranquillité éloigne le feu de l’affliction. »
Un homme lui dit : « Tu as perdu la vue. » Il répondit : « J’ai effectivement perdu la vue par laquelle je te vois. Quant à la vue par laquelle je vois le Réel, elle subsiste. »
Il fut interrogé sur le tawhid et dit : « Celui qui y répond par une définition a quitté le droit chemin. Celui qui l’indique, est un fidèle. Celui qui en parle est intelligent. Celui qui garde le silence à son sujet est ignorant. Celui qui s’imagine avoir réussi n’a aucun résultat. Celui qui croit être près, est en fait loin. Tout ce que vous mentionnez par vos bouches et percevez par vos intellects est objet façonné, comme vous l’êtes. »
Il fut dit à ash-Shibli : « La charité fut mentionnée en présence d’Abu Yazid al-Bistami et il dit : ‘Je désire qu’Allâh le Tout-Puissant fasse de moi un pont au-dessus du Jahannam afin que les gens puissent passer sur mon dos sans être inquiétés(misérables).’ Ash-Shibli dit : « Quant à moi je désires qu’Allâh me fasse remplir le Jahannam de sorte à ce qu’aucun n’y trouve de place et que je sois à moi seul une rançon pour cette faible création. »
Abu ‘Abdu-r-Rahman as-Sulami a dit : « Ash-Shibli est mort durant le mois de Dhul-l-Hijja en 334 », un autre a précisé : « Un vendredi vers la dernière nuit du mois » et Ibn Nafi’ a quant à lui dit que c’était en 335.
Al-Khatib rapporte : « La première version est la plus plausible. C’était quand il avait 87 ans, et il fut enterré dans le cimetière d’al-Khayrazan, à Baghdad, et sa tombe est reconnue se trouver en ce lieu. »
Al-Khuldi a dit : « J’ai interrogé Bakran, le servant d’ash-Shibli. ‘Qu’as-tu remarqué sur lui à sa mort ?’ Il répondit : ‘Il m’a dit : ” Il y a un dirham d’injustice à mon encontre, et j’en ai donné mille en sadaqa à son propriétaire. Rien n’occupe mon coeur plus que cela.” Puis il dit : ” Accomplis le wudu’ pour la prière pour moi”, ce que je fis, mais en oubliant de laisser l’eau couler à travers sa barbe. Ne pouvant parlé, il prit donc ma main pour la passer dessus. Puis il mourut, qu’Allâh le couvre de Sa Miséricorde.’ »
Al-Khuldi pleura. Puis il dit : « Que dites-vous à propos d’un homme qui n’aurait manqué à aucun adab de la Shari’a jusqu’à la fin de sa vie ? »
Son servant a dit : «Un Vendredi à la fin du moins de Dhu-l-Hijja, ash-Shibli ressenti comme une légère douleur. Il me demanda : « Pouvons-nous nous rendre à la Mosquée? » « Oui », lui répondis-je. Il s’appuya sur moi jusqu’à ce que nous arrivions aux copistes. Un homme nous rencontra. Ash-Shibli dit : « Demain j’aurai quelques affaires avec le Shaykh. » Nous accomplîmes la prière, puis nous rentrâmes. Le jour suivant il se sentit faible et il mourut pendant la nuit. Il me fut dit : « A tel et tel endroit se trouve un shaykh vertueux qui lave les morts. » Ils me dirigèrent à lui avant l’aube. J’ai alors légèrement frappé à la porte et dit : « Que la paix soit sur vous. » Il me demanda : « Ash-Shibli est mort ? » « Oui », lui répondis-je. Il s’approche de moi. Il y avait le shaykh que nous avions rencontré le jour précédent. Je m’exclamai : « Il n’y a de dieu qu’Allâh ! Une merveille ! » Puis je dit : « Par le droit de Celui que vous adorez, comment avez-vous su qu’ash-Shibli était mort ? » « Imbécile ! Me répondit-il, « pour quelle autre raison ash-Shibli aurait-il eu affaire avec moi aujourd’hui ? » »

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