De l'interdiction de se plaindre

De l’interdiction de se plaindre


                                                                                                    Abdal Qadir al-Jilani


                                                                                            (L’Accès au Mystère - Al Bouraq)


Le conseil est le suivant : ne se plaindre à personne de ce qui vous arrive, ni à un ami, ni à un ennemi.
N’accusez pas votre Seigneur pour ce qu’Il opère en vous et envoie de calamités.
Montrez (aux autres) plutôt le bien dont vous jouissez et la gratitude.
Même enjoliver en manifestant de la gratitude pour un bienfait inexistant est meilleur que dire la vérité en se plaignant à votre entourage.
Mais qui donc est démuni du bienfait venant d’Allah ? Allah dit :
« Si vous (essayez) de compter les bienfaits d’Allah, vous ne pourriez les énumérer »
Combien de bienfaits t’accompagnent sans que tu en prennes conscience ?

Ne te repose sur aucune créature, ni n’en fais ton intime. Que nul ne sache ce que tu endures. Que ton intimité soit avec Allah Seul . Ne te repose qu’en Lui, et ne te plains de Lui qu’à Lui. Ne vois pas de « second » (auprès de Lui).

Nuire ou favoriser, attirer ou repousser, élever ou rabaisser, appauvrir ou enrichir, mouvoir ou arrêter, ne sont au pouvoir d’aucune créature.
Toutes choses sont la création d’Allah , sont dans Sa Main. Leur marche se fait par Son Ordre et Sa Permission, et elles s’écoulent toutes vers un délai fixé. Elles sont toutes auprès de Lui, selon une mesure (établie).
Nul ne peut avancer ce qu’Il a retardé, ni retarder ce qu’Il a avancé.
Allah dit : « Si Allah vous touche par un mal, nul ne peut l’ôter sinon Lui-Même, et s’Il veut pour toi un bien, nul ne peut l’empêcher. Il atteint par ce bien qui Il veut d’entre Ses serviteurs, et Lui est toujours Celui qui pardonne, le Très Miséricordieux » (Coran X, 107)

Si tu te plains de Lui alors que tu jouis de la sécurité et d’un bienfait, réclamant davantage (ziyâda), ignorant sciemment, par déconsidération ce que tu possèdes déjà de bienfait et d’intégrité, Il se fâchera contre toi et fera disparaître ces avantages, justifiant ainsi tes doléances, augmentant ton affliction, intensifiant ton châtiment, te réduisant à l’impuissance, te diminuant au point que tu chuteras dans Son estime

Vraiment prends garde à ne pas te plaindre, même si l’envie de le faire laboure tes chairs comme une morsure de tenailles. Malheur à toi, et encore malheur à toi (si tu te plains) ; Allah, Allah, et toujours Allah ; (rappelle-toi) le salut, le salut ; prends garde, prends garde. [1]

La plupart des calamités qui tombent sur le fils d’Adam [2] sont provoquées par sa plainte contre son Seigneur.
Comment peux-tu te plaindre de Lui, alors qu’Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux, le meilleur des juges, Sage et infiniment informé, Bon et Très Miséricordieux, Aimable avec Ses serviteurs, jamais injuste, pareil à un médecin proche, sage et ami, plein de compassion ?
Peux-tu soupçonner une maman miséricordieuse (de faillir à la charité) ? Le Prophète a dit : « Allah est plus miséricordieux avec Son serviteur qu’un mère avec sa progéniture ».

Respecte les convenance, ô malheureux, cela te mènera à avoir de la patience lors des afflictions, si celle-ci te fait habituellement défaut. Puis exerce ta patience si tu n’as pas encore la force de ressentir la satisfaction et l’agrément lors de l’épreuve. Ensuite, accepte et agrée si tu es toujours là [3] ; ou éteins-toi si tu n’es plus ; ô toi, Soufre Rouge, où es-tu ? Où peut-on te trouver ? Où es-tu visible ? [4] N’entends-tu pas Sa Parole « Il vous est prescrit de combattre et c’est une obligation qui vous pèse. C’est ainsi qu’il vous arrive de détester ce qui vous convient et, au contraire, de rechercher ce qui vous est nuisible. Allah sait (ce qui vous est utile et ce qui vous est nuisible), vous ne savez pas » (Coran XII, 213).

Il a replié de devant toi la science de la réalité des choses et t’en a voilé. Ne manque pas au respect des convenances en haïssant ou en aimant selon toi-même. Mais respecte la Loi sacrée dans tout ce qui t’advient, si vraiment tu te tiens dans l’état de « piété » (taqwâ) [5] lequel constitue le premier pas (sur la voie d’Allah).
Ensuite, obéis à l’Ordre (amr), dans l’état de wilâya (sainteté, proximité) et d’extinction (humûd) de la passion, sans l’en écarter. Cela constitue le deuxième pas.
Et sois satisfait de l’Acte divin (qui s’accomplit dans le présent). Reste en accord avec lui éteins-toi (fanâ’) dans les états (successifs) de badaliyya, de gawtiyya, de qutbiyya et de sidiqiyya, ou fin ultime [6].
Ecarte-toi (pour permettre le passage) du chemin du destin (qadar), n’entrave pas sa Voie, ramène en toi ta nafs et ta passion, garde ta langue de la plainte.

Si tu agis de la sorte et qu’un bien advienne, le seigneur augmentera le bien, la joie et le délice.
Si c’est plutôt un mal qui est survenu, Il te protégera dans ce mal même, à l’ombre de Son obéissance. Il éloignera de toi tout blâme, et te maintiendra « absent » en Lui tout le temps nécessaire jusqu’à la cessation de ce mal au moment préétabli. Tout comme la nuit prend fin laissant place au jour, ou le froid de l’hiver est suivi de l’été.

Ce sont là des modèles (de lois) proches (à ta portée). Prends-en note pour ton édification.

Mais il y a des péchés, des crimes, des souillures résultant des nombreuses sortes de désobéissances. Or la compagnie du Noble (Allah) ne sied qu’au pur (tâhir), celui qui est débarrassé des impuretés des péchés et des fautes. Allah n’accepte sur Son seuil que le bon (tayyib) [7], dépourvu de toute prétention. Tout comme la compagnie des Rois ne sied qu’à un homme propre, préservé de toute impureté ou odeur nauséabonde.

Or les afflictions (du destin) sont des expiations (mukaffarât) et des purifications.
Le Prophète a dit : « La fièvre de toute une journée constitue l’expiation d’une année ».
Et sa parole est véridique.
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[1] La forme littérale du texte a été conservée, avec ses répétitions qui marquent la gravité du conseil, la mise en garde solennelle.
[2] Les « fils d’Adam » sont les individus composants l’humanité actuelle. Ce terme rappelle par ailleurs l’unité de la famille humaine.
[3] Sous-entendu : si tu crois encore à ton existence séparée.
[4] L’on voit ici que ce degré du « Soufre rouge » correspond à l’extinction totale dans l’Essence. Le verset situé immédiatement après illustre le sens du mot « combattre » qui se rapporte à la continuation de la « grande guerre sainte » (jihad an-nafs) jusqu’au sacrifice ultime de l’individualité (c’est-à-dire de l’illusion de l’individualité séparée).
[5] Coran, sourate II, verset 282. « Wa ittaqû Allah wa yu’allimukumu Allah » : cette injonction coranique suffirait à elle seule de guide. La taqwâ, qui implique la vigilance et la prise de conscience de ce dont il s’agit, ainsi que la mobilisation attentive de toutes les facultés dans l’obéissance à Allah, est le moyen pour recevoir directement Son enseignement.
[6] Fin ultime pour : les hommes, c’est-à-dire les adamiques. Seule la prophétie se situe au-dessus de la sidiqiyya.
[7] Tayyb signifie bon et qui possède une bonne odeur.

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