De la nécessité de penser souvent à la mort

Sermon du vendredi 5 du mois des redjeb de l’année 545 de l’Hégire

de
Abdal Qadir Al Jilani
En présence de ses disciples et de ses fervents auditeurs.


Sur la nécessité de penser souvent à la mort



Le Prophète Mohammed recommandait, tout particulièrement de

« visiter les malades, et d’accompagner les funérailles »,


Ces deux spectacles ont pour effet, d’évoquer en notre âme, les pensées de l’Autre Monde, où nous irons tous.
Par cette recommandation, le Prophète voulait donc nous faire entendre que les pensées de la Vie Future devaient nous absorber le plus souvent possible.

Cependant, ces méditations, ces investigations sur la mort et la vie future, vous les évitez toujours. Comme le dit, si nettement le Coran :

« Vous aimez la vie qui passe, et vous négligez l’Au-delà » [1]

Pourtant, bientôt, tout ce que vous prisez tant en ce monde, et vous-mêmes, toute cette affaire sera arbitrée, sans que vous soyez consultés, et sans votre consentement.

L’arbitre c’est donc la mort.


O étourdi !

Prends donc conscience !
Sache que tu n’as pas été créé pour ce monde !
Car tu n’es créé que pour l’Au-delà !

O toi qui oublies de te procurer ce qui t’est le plus indispensable !
Tu ne t’es soucié que de tes plaisirs, et d’amasser de l’or y consacrant tes forces.

S’il arrive que quelqu’un évoque devant toi la vie future et la mort, tu lui fais observer qu’il t’arrache à la quiétude ; qu’il trouble l’harmonie de tes jours, et, penchant la tête, tu lui manifestes tout ton sombre déplaisir.

Mais voici que le porteur de la mauvaise nouvelle frappe à ta porte ; voici que la mort te menace par ses signes avant-coureurs ; tes cheveux grisonnent. Alors tu t’empresses de les teindre, de les arracher ou de les tondre. Pour ramener par tes efforts ta jeunesse en fuite. Cependant, le terme de ta vie mortelle approche ; il arrive ; il est arrivé ! Que vas-tu faire ?...
Crois-moi, abandonne cette passion et le désir de toutes ces choses qui vont disparaître.

Ne souhaite et ne recherche que ce qui doit demeurer, là où tu vas te rendre. Là, dans cet autre monde : le mal, les peines, la pauvreté, les maladies, la mort et la misère n’existent pas.
Porte donc tes regards sur cette dernière demeure, avec les yeux de la certitude et de la foi.

Médite profondément sur la Résurrection et l’effroi qui s’y rattachent ;
Evoque bien cet événement, pour te le représenter dans tout son processus.
Car dès le moment où tu auras évoqué cet inéluctable événement, dans un profond sentiment de conviction, cette résurrection, à laquelle tu t’attends en esprit, se produira alors, et toutes les vérités t’apparaîtront.


O homme !

Sois avec Dieu en toutes circonstances,
Vis avec les idées que tu as pu acquérir sur la Résurrection.
Sache que cette méditation sur un tel sujet, te rapprochera de Dieu.
Le temps dont tu disposes actuellement, emploie-le bien.
Efforce-toi d’utiliser ce répit pour Le prier.

Le Coran nous dit : « Mais craignez Allah, car Allah vous instruit et Il sait toute chose » (II, 282)
C’est-à-dire : craignez de transgresser les prescriptions de Dieu, et Il vous instruira de tout ce qui vous sera nécessaire, ainsi que des choses secrètes qui vous sont favorables et qui vous concernent.
Lorsque la crainte de Dieu se manifeste en toi, la connaissance des choses apparaît en même temps : les perles sortent d’elles-mêmes de leurs coquilles ; tes ignorances se changent en savoir ; ce qui t’était caché devient, à te yeux, clair et évident.


O toi !

Qui agis mal envers toi-même et qui oublies la crainte de Dieu !
Le Seigneur ne te cause aucun tort : c’est toi qui fais ton propre malheur.

On ne te tient pas responsable de ce qui est au-dessus de tes facultés.
Durant ton enfance, avant ta puberté, Dieu ne t’a chargé d’aucune responsabilité qui dépassait tes forces.
Ce n’est que lorsque ton impuissance eût disparu, lorsque ton corps et tes membres eurent acquis de la force, et que tu parvins à la maturité de l’esprit et de la raison, que ton Seigneur t’imposa des devoirs.

Sa volonté est que tu obéisses à Ses ordres.
Sois donc attentif.
Comment te comportes-tu ?
Respectes-tu les prescriptions divines ?
Ne les transgresses-tu pas ?
Prends bien garde de ne pas les enfreindre ; car si tu les transgressais, tu serais perdu ! Les peines de ce monde, et celles de l’Au-delà fondraient sur toi.
Selon ce verset du Coran : «Quant à ceux qui achètent l’erreur pour se guider, leur trafic ne leur profite pas, et ils ne sont pas guidés » (Coran II, 15)
Tu encourrais tous les dommages en ce monde et en l’autre : tu dilapiderais ainsi ton capital vital.


O ignorant !

Apprends la science. Car sans la science, la prière ne sert à rien ! De même sans la connaissance, la foi, n’est pas profitable.
Apprends la science, et agis selon ses règles. Sache que si tu peux te conformer aux connaissances que tu auras acquises, tu bénéficieras du salut ici-bas et du salut pour l’autre vie en même temps.

Tout d’abord, si tu manques de patience pour acquérir la science, et pour te conformer ensuite à ses règles, comment peux-tu espérer trouver le salut et le bonheur ?

La science n’a pas de bornes, elle est infinie. Mais si tu usais toutes tes forces et toutes tes ressources pour acquérir ce savoir, tu n’en recevrais cependant qu’une faible partie.

On demandait à certains savants, comment ils avaient pu obtenir la connaissance de tant de choses. Ils répondirent qu’ils avaient suivi l’exemple des corbeaux, qui commencent leur travail de très bonne heure ; des chameaux, qui sont patients ; des porcs qui sont avides et des chiens qui sont flatteurs.
Ils voulaient indiquer par là, qu’ils fréquentaient de bon matin les écoles, afin d’alimenter leurs âmes ; matinaux, comme le sont les corbeaux qui prennent leur vol pour chercher leur nourriture, dès que le jour point. Ils volaient faire entendre aussi, qu’ils n’avaient jamais refusé leurs services aux maîtres, qui leur ordonnaient telle ou telle chose, cela à l’imitation des chameaux bien dressés, qui ne se plaignent jamais lorsqu’on les charge de lourds fardeaux. De même aussi que les porcs qui se jettent avec avidité sur la nourriture, ils étaient affamés de science, et voraces de savoir. De même que les chiens qui flattent leurs maîtres, pour obtenir d’eux un peu de pain, ils s’efforçaient, par surcroît, de plaire à leurs professeurs, et de leur témoigner leur fidélité, afin de les encourager à leur prodiguer leurs connaissances.

O chercheur de science divine !

Si tu souhaites cette science, inspire-toi de la réponse de ces Savants, conforme-toi aux règles de leurs conseils ; suis le même chemin.
La connaissance, c’est la Vie ! L’Ignorance, c’est la mort !
Le savant qui se conforme aux prescriptions de ses connaissances, qui est sincère et qui accepte toute sortes de difficultés pour instruire les serviteurs de Dieu, ne connaîtra pas la mort, car en mourant, il parviendra à son Seigneur, et sa vie se continuera après lui.

O Seigneur ! Accorde-nous la patience, la science et la sincérité !
« Et donne-nous des biens dans ce monde et des biens dans l’autre, et préserve-nous des tourments du Feu »
(Coran II, 197)


[1] Coran-Sourate 24, 30-31 et sourate « la résurrection », versets 20-21

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